Cela fait plus de deux heures qu’Emmanuelle attend son mariFranck sous la Tour Eiffel. La grande dame a beau être majestueuse, il y fait un peu frisquet sous ses quatre jambes malgré un soleil qui transperce le feuillage automnal des platanes du quai Branly. Dame Emmanuelle se sent un peu frustrée, un dernier bisou du sieur Franck avant de le voir s’engouffrer sur le pont d’Iéna parmi les vingt mille autres coureurs des 20 km de Paris. Les grilles sereferment, dans son maillot bleu de France, avec son ballon ovale sous le bras, Franck se retrouve prisonnier de la mêlée. Marche arrière impossible, en-avant également interdit ! Désormais seule, Emmanuelle est devenue « vestiaire » et dépendante de lui. Hier soir c’était les pâtes et ce matin lever tôt pour manger un gâteau spécial… Si au moins il y avait eu une randonnée ou un 5 kilomètres elle y aurait participé. Pour l’instant, l’urgence c’est de se réchauffer alors vite, un café.
Déjà une heure, les premiers arrivent déjà en solitaires. Emmanuelle se positionne alors à 500 mètres de la ligne d’arrive. Un rayon de soleil l’éclaire, le spectacle commence. A partir d’une heure trente c’est le flot des coureurs, serpentin multicolore qu’il faut scruter, détailler, apercevoir, reconnaître. La tâche devient fatigante, étourdissante. Lever les yeux au ciel comme pour chercher une bouffée d’oxygène et mieux replonger dans le peloton… Juste au moment choisi par notre ex premier ministre pour passer incognito. Fierté de l’avoir reconnu, 1h37’, chapeau ! puis le « ballon bleu » des 1h 45’ harangue sa troupe pour qu’elle réussisse l’objectif. Et toujours pas de Franck… C’est pourtant son niveau ! L’aurait elle loupé ? Instant d’inquiétude... de courte durée. Le voilà ! ils se reconnaissent, le visage d’Emmanuelle s’illumine comme pour un premier rendez-vous. Passe en retrait, elle réceptionne le ballon en échange d’un baiser. Dix secondes de perdues, dix secondes de bonheur. Il repart pour les cinq cents derniers mètres. Elle quitte son trottoir (!) et je la vois disparaître de dos. Elle semble heureuse d’aller réconforter son amour de rugbyman-coureur. Ce soir ils repartiront dans leur Nord, fatigués mais fiers de leur course… J’étais son voisin de trottoir.
Même jour, Cécile est également dans la course. Guillaume, le compagnon, n’est pas là. Il vont se (re)marier à Las Vegas début décembre. Pas de chance pour lui… C’est le jour du marathon! Alors cadeau, Madame courra et Monsieur jouera au supporter. Pour lui le sport, c’est « à la Churchill » c'est-à-dire jamais, pour être sûr de bien vieillir. Il ne sera jamais marathonien mais n’en apprécie pas moins d’accompagner Cécile, notamment à l’occasion d’épreuves festives : au marathon du Médoc parce que personne n’est là pour faire un temps et pour goûter de bons crus ; au Mont St Michel pour les fruits de mer et à St Tropez pour l’endroit… S’il reste un peu étranger à certains plaisirs de Cécile, aller courir avec ses potes, « chater » sur les forums, rêver à passer sous la barre des 4 heures,il est heureux de son bonheur de se sentir bien, d’en avoir fini avec les régimes. Et en plus, il aime la regarder courir. Le top, c’est quand il peut le faire de son canapé… elle est si belle sur son tapis roulant !